2012-06-15
Nouvelle
Projet de loi 80 sur les régimes
volontaires d’épargne-retraite « Le
gouvernement a choisi la pire des solutions »
— Michel Arsenault, président de la FTQ
« Pas plus loin que chez notre voisine,
l’Ontario, ajoute le dirigeant syndical, le gouvernement de Dalton
McGuinty a refusé cette voie, y voyant un simple déplacement de
l’épargne dans des fonds administrés par des assureurs et des
institutions financières du secteur privé. L’Ontario, tout comme
nous, aurait préféré que le gouvernement fédéral trouve le moyen de
bonifier le régime public, le Régime de pensions du Canada, le
pendant de notre Régime de rentes du Québec.
« Ici, au Québec, même l’ancien ministre libéral Claude Castonguay
s’est étonné que Québec veuille confier la gestion des RVER au
secteur privé plutôt qu’à la Régie des rentes du Québec et au
ministère du Revenu, à des frais beaucoup plus bas. »
Ailleurs, des expériences non
concluantes
Présent au colloque du Conseil du patronat sur les régimes de
retraite, le vice-président au développement des affaires, des
régimes d’épargne et de retraite collective à la Standard Life,
Claude Leblanc, a mis en garde les promoteurs des RVER. Jetant une
« douche froide » sur ces derniers, le spécialiste a cité à l’appui
l’expérience similaire vécue en Angleterre : « Après quatre ans,
a-t-il dit, c’était la catastrophe. »
Mis en place en 2001, le régime anglais est en cours de réforme et
les employeurs sont désormais obligés de cotiser.
« Mais même avec une réforme, personne ne s’attend à des miracles.
Selon une étude de l’OFCE 1 , ce régime, avec des cotisations
totales de 8 % (3 % employeurs, 5 % travailleurs) versées pendant
45 ans, donnera droit à un taux de remplacement du salaire à la
retraite allant de 16,4 % à 27 % tout au plus, selon les taux de
rendement. Est-ce que c’est ce qu’on appelle une retraite décente?
Poser la question, c’est y
répondre », poursuit Michel Arsenault.
Il faut noter que ladite étude conclut sur le fait que les
entreprises britanniques pourraient profiter de la réforme pour
diminuer les contributions qu’elles versent actuellement dans les
fonds de pension, et appauvrir encore plus les futurs retraités.
Selon l’OFCE, deux scénarios sont possibles : augmenter les
retraites publiques ou augmenter la pauvreté et les inégalités
parmi les retraités.
Un débat public s’impose
Le président de la FTQ espère aussi que des audiences publiques
auront lieu sur le projet de loi 80 et qu’il pourra faire entendre
la voix des membres qu’il représente.
Rappelons qu’avec plus de 90 organisations de la société civile, la
FTQ demande une bonification du Régime de rentes du Québec parce
qu’il constitue un vrai régime de retraite, où tous participent
également et à peu de frais, parce que cela soulagerait la pression
des employeurs face aux régimes complémentaires et parce que cela
diminuerait la responsabilité du gouvernement de venir en aide aux
retraités en situation de pauvreté.
« Pas besoin de réfléchir longtemps pour choisir entre un régime
public, à peu de risques, qui coûte à peine 0,6 % en frais de
gestion et un autre, le RVER, qui en coûtera jusqu’à 3 % avec de
hauts risques financiers », a conclu Michel Arsenault.
La FTQ, la plus grande centrale syndicale au Québec, représente
plus de 600 000 membres.